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Entretien avec Gabrielle Melison-Hirchwald, dixneuviémiste | juin 2019

Le colloque international "Daudet et les langues", 150 ans des lettres de mon moulin s’est déroulé les 25 et 26 avril 2019 à l’ATILF, organisé par Gabrielle Melison-Hirchwald.

 

 

L’occasion de conduire un entretien avec cette enseignante-chercheure, littéraire et dixneuviémiste

 

 

Brunette aux yeux bleus et aux pommettes saillantes héritées de ses ancêtres russes, elle porte très souvent un sac à dos dans lequel elle range soit son ordinateur, soit sa raquette de tennis. Elle a la chance d’avoir un bureau à l’ATILF, avec derrière elle une impressionnante bibliothèque de textes du XVIe siècle, qui la divertissent, au sens pascalien du terme, de son siècle d’étude : le XIXe.
Cet espace documentaire lui assure ainsi la visite toujours courtoise de collègues analysant les documents anciens : occasion d’échanges linguistiques et littéraires en dehors de ses travaux de recherche portant sur la période du français moderne (1800 – 1900).

Née le 17 août 1974, Gabrielle Melison-Hirchwald est maître de conférences habilitée à diriger des recherches (HDR) en littérature française à l’Université de Lorraine. Elle enseigne à l’IUT de Saint-Dié - département [MMI >http://iutsd.univ-lorraine.fr/formation/mmi/dut-mmi] (Multimédia et métiers de l’Internet), au Campus Lettres et Sciences Humaines de Nancy en licence LLCER (Langues, littératures et civilisations étrangères bilangue-biculture et régionales) et en lettres modernes, ainsi qu’à la Faculté de Sciences et Technologie de Vandoeuvre, filière maths et physique en CPU (classe préparatoire universitaire).

Comparatiste de formation, elle rejoint en 2009 l’ATILF et l’équipe Ressources : normalisation, annotation et exploitation, très bien accueillie par Jean-Marie Pierrel et Véronique Montémont, respectivement directeur du laboratoire et directrice de l’équipe. Elle s’est par la suite spécialisée en histoire littéraire française et en lexicologie. Depuis plusieurs années, elle s’intéresse à l’analyse de corpus informatisés de presse du XIXe siècle.

Quel est son parcours ?


Issue d’une famille de juristes, elle s’est naturellement tournée en 1992 vers des études de droit. Motivée au départ par les libertés publiques, les sciences politiques et le droit européen des droits de l’homme, elle fut en revanche beaucoup moins à l’aise avec les cas pratiques en droit privé. Elle décida donc de poursuivre un double cursus droit-lettres. Les lettres l’ont assez vite emporté !
Un parcours de chercheur est en grande partie déterminé par des rencontres qui se révèlent décisives et des événements dont on mesure, de façon rétrospective, la portée.
En 1994, elle fait la connaissance d’un objet d’étude passionnant : le roman de mœurs et de sa future directrice de thèse, Marie-France Rouart, professeure de littérature générale et comparée à Nancy.

Sous sa direction, elle a exploré d’autres œuvres et d’autres auteurs comme Stefan Zweig et Simone de Beauvoir avant de revenir au roman de mœurs européen dans sa thèse, soutenue en 2005.

Marie-France Rouart nous a quittés de façon brutale en 2008. Grâce au soutien de Pierre Brunel, directeur de thèse de cette dernière et de Françoise Susini-Anastopoulos, alors professeur de littérature comparée à l’Université de Lorraine, un hommage lui a été rendu en 2009 à Nancy. Aux côtés de sa collègue comparatiste, Gabrielle Melison-Hirchwald a dirigé les actes du colloque Mythe et littérature, hommage à Marie-France Rouart (1).

Pourquoi Alphonse Daudet ?

C’est par le biais du Nabab, un roman injustement méconnu publié en 1877, que Gabrielle Melison-Hirchwald a réellement découvert l’œuvre d’Alphonse Daudet. Comme des générations d’enfants, elle avait lu dans sa jeunesse les Lettres de mon moulin et Le Petit Chose mais elle ignorait tout des romans de mœurs daudétiens en particulier parisiens (Les Rois en exil, L’Immortel, Sapho, Numa Roumestan, Soutien de famille…). Le roman figurait dans son corpus de thèse et depuis sa première lecture, cette œuvre a toujours occupé une place à part dans ses travaux. Elle a notamment été très émue en voyant l’adaptation filmographique du Nabab par Albert Capellani, à la Cinémathèque en 2013 pour fêter le centenaire du film.

Par la suite, elle a entrepris d’élargir le champ de ses recherches à l’ensemble de l’œuvre de Daudet. La rencontre avec l’association des amis de Daudet actuellement présidée par Anne-Simone Dufief, professeure émérite à l’Université d’Angers, lui a permis de trouver « une vraie famille littéraire ».
Lieu d’apprentissage, stimulation intellectuelle, week-end scientifique à Fontvieille (Bouches du Rhône) telle une ambiance de résidence d’auteurs, tout était réuni pour que ce concentré de culture daudétienne dope ses premières années d’après thèse.
Progressivement, elle s’est investie dans la vie de l’association, de l’organisation du colloque annuel à la relecture des articles publiés dans la revue Le Petit Chose, disponible en partie sur Gallica.

Son habilitation à diriger des recherches (HDR) soutenue en 2016 a porté sur l’identité médiatique de Daudet à travers le dépouillement, la transcription, l’annotation et l’analyse d’environ 150 interviews de l’écrivain parues dans la presse parisienne de 1883 à 1897. L’édition critique, précédée d’une longue introduction sur le genre de l’interview, a été publiée chez Champion en 2018 (2). La totalité des interviews est en ligne sur la plateforme Ortolang mais sans l’introduction et sans l’apparat critique (notice de présentation et notes de bas de page).
Gabrielle Melison-Hirchwald ne remerciera jamais assez Bertrand Gaiffe, ingénieur de recherche CNRS et également membre de l’équipe de recherche Ressources à l’ATILF. Ce dernier l’a en effet initiée aux subtilités de la Text Encoding Initiative (3) (TEI) et l’a aidée à mettre au point ce corpus médiatique.

2019, l’année Daudet


L’année 2019 est faste pour Alphonse Daudet et en particulier pour son œuvre Les Lettres de mon moulin (4). En effet, c’est l’année les 150 ans de la publication en volume de ce fameux recueil. De nombreuses manifestations célèbrent cet anniversaire au travers de lectures, de spectacles et d’expositions. Deux récents colloques ont eu lieu à ce sujet : le colloque "Daudet et les langues" que Gabrielle Melison-Hirchwald a organisé à Nancy les 25 et 26 avril ; le colloque "Lettres de mon moulin, approche patrimoniale" organisé par l’Association des Amis de Daudet à Fontvieille les 11 et 12 mai.

Elle souligne la parution toute récente du Dictionnaire Alphonse Daudet chez Honoré Champion qu’elle a publié aux côtés d’Anne-Simone Dufief et de Roger Ripoll, auteur de l’édition des œuvres de Daudet dans La Pléiade.

Daudet, mais pas que !


À l’heure où les humanités numériques sont désormais incontournables pour tout chercheur en sciences humaines, Gabrielle Melison-Hirchwald a eu l’opportunité de travailler tant avec des linguistes que des informaticiens, dans un souci de fidélité au texte comme dans la perspective de mettre en avant le patrimoine culturel. Travailler sur des corpus médiatiques l’a conduite à élargir le champ de ses recherches sur les interviews d’écrivains au XIXe siècle, notamment Émile Zola, un "autre très bon client" en la matière.

Elle s’intéresse aussi à la naissance de l’Académie Goncourt, surtout de la mort d’Edmond de Goncourt en 1896 à la remise du premier prix en 1903. Elle a déjà pu mesurer la richesse du fonds Goncourt déposé aux archives municipales de Nancy en 1988 à la demande d’Hervé Bazin. Gabrielle Melison-Hirchwald souligne que c’est grâce à l’habileté de l’avocat lorrain Raymond Poincaré, défenseur des intérêts des exécuteurs testamentaires d’Alphonse Daudet et Léon Hennique (5) que l’institution voulue par les frères Goncourt a pu naître.

Grâce à la combinaison du dépouillement systématique d’un certain nombre de journaux et de l’exploitation des archives, elle espère mieux comprendre la façon dont est née cette Académie qui a failli ne jamais voir le jour.

En conclusion,

Au fond, elle reste attirée vers la mise en fiction du présent, qu’il s’agisse de la représentation des mœurs contemporaines dans le roman du XIXe siècle, de la transcription d’entretiens visant à restituer la spontanéité d’un échange, de la manière de révéler un univers familier et quotidien par le prisme médiatique ou par celui de la fiction romanesque.

=> Lire l’article dédié au colloque Daudet

 

 

nbp :
(1) Mythe et littérature, hommage à Marie-France Rouart, Marie-Françoise Susini-Anastopoulos (codir.), Paris, L’Harmattan, 2012,
(2) Alphonse Daudet interviewé, Paris, Champion, 2018, 848 p.
(3) TEI | text encoding initiative est un langage d’encodage offrant une manière simple de présenter des données structurées et de marquer des parties spécifiques à l’aide de balises.
(4) L’œuvre fut l’une des premières à rejoindre la base de données Frantext. L’édition choisie se trouve au centre de documentation Michel Dinet à l’ATILF.
(5) Léon Hennique (1851-1935), romancier, auteur dramatique et membre de l’Académie Goncourt.


Portrait corédigé par G. Melison-Hirchwald et D. Barbier-Jacquemin
Dernière mise à jour : 29/06/2019 | et © L. Gobert, communication ATILF
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